
Présenté comme une rencontre avec les investisseurs, le Roadshow de Londres répondait à une démarche précise : sonder le marché, recueillir les attentes de la communauté financière et préparer les conditions permettant de transformer des projets camerounais en investissements concrets. Il ne s’agissait pas d’une opération de levée de fonds ni d’une démarche visant à accroître immédiatement l’endettement public.
Comprendre ce qui s’est réellement passé à Londres
Les 9 et 10 septembre 2026, la délégation camerounaise conduite par le Ministre des Finances, Louis Paul MOTAZE, a échangé avec des investisseurs, institutions financières et partenaires du Commonwealth, dans le cadre d’un Market Sounding organisé avec le Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC). Cette démarche répond à une logique simple : avant de chercher à financer un projet, il faut d’abord savoir comment le marché peut et souhaite le financer.
À Londres, il était donc question d’écouter autant que de présenter. Quels sont les critères des investisseurs ? Quel niveau de risque sont-ils prêts à accepter ? Quelles garanties attendent-ils ? Quels instruments financiers pourraient faciliter leur participation ? Quelles conditions permettraient de rendre un projet suffisamment attractif pour un engagement de long terme ? Ces échanges permettent au Cameroun d’adapter la structuration de ses projets aux réalités du marché.
Investir plutôt qu’emprunter davantage
L’objectif poursuivi est ainsi différent d’une simple recherche de nouveaux emprunts. Le Cameroun veut proposer des projets suffisamment solides pour que les investisseurs puissent passer à l’action, notamment dans les secteurs porteurs de l’économie nationale. Cette approche consiste à rechercher des financements qui correspondent à la nature et à la rentabilité des projets, plutôt qu’à recourir systématiquement à l’endettement public. Autrement dit, il ne s’agit pas de financer davantage la dette, mais de mieux financer le développement. Cette orientation ouvre la voie à une plus grande mobilisation des capitaux privés et à des montages associant plusieurs partenaires autour d’un même projet.
Le capital n’est pas la seule attente
À Londres, le Cameroun n’a pas seulement recherché des ressources financières. L’enjeu est également de bénéficier de l’expertise technique et financière des investisseurs, de mécanismes de garantie, de solutions de partage des risques et de financements mixtes permettant de rendre certains projets plus attractifs. Le principe est de mieux répartir les risques entre les différents acteurs afin de faciliter l’engagement de capitaux privés là où les besoins d’investissement sont importants. Cette démarche permet également de rechercher des partenaires de long terme, capables d’accompagner les projets au-delà de leur seul financement.
Que doit-il se passer maintenant ?
Le Roadshow n’est pas une fin en soi. Sa véritable valeur se mesurera dans les étapes qui suivront. Les informations recueillies auprès de la communauté financière du Commonwealth doivent permettre d’affiner la préparation des projets, d’identifier les mécanismes de financement les plus adaptés et de poursuivre les discussions avec les partenaires intéressés.
L’objectif est de faire évoluer progressivement les échanges vers des projets bancables, des partenariats et, lorsque les conditions sont réunies, des opérations concrètes. Cette démarche traduit une évolution importante dans la manière de mobiliser les ressources nécessaires au développement : attirer l’investissement, partager les risques, mobiliser l’expertise et diversifier les sources de financement, plutôt que de faire du recours à la dette publique l’unique réponse aux besoins du pays.

Un message à retenir
Le déplacement de la délégation camerounaise à Londres ne doit donc pas être interprété comme une volonté d’augmenter l’encours de la dette. Il s’agissait de dialoguer avec le marché pour mieux préparer l’investissement. Le Cameroun entend désormais transformer son potentiel en projets concrets, en recherchant non seulement des capitaux, mais aussi des investisseurs capables d’apporter leur expertise, leur capacité de structuration et leur engagement dans la durée.
À Londres, l’objectif n’était pas de s’endetter davantage. Il était de préparer les conditions pour investir mieux, partager les risques et accélérer la transformation économique du Cameroun.